Marc Bayle raconte l’histoire du Grand Hôtel à Toulon sous l’Occupation

Marc Bayle dévoile les secrets de la Kommandantur et du Var sur Info83. Sur ce thème, l’historien toulonnais sera également présent mercredi 22 avril à 18h à la Brasserie de l’Orangerie, Place de la Liberté à Toulon (entrée libre sur réservation)

Order the book

Marc Bayle

Honorary Prefect, former Commissioner of the Navy

Meddy Viardot (Info 83) — Instant historique — pour ne pas dire d’historien — avec celui qu’on ne présente plus sur notre plateau d’Info 83 : j’ai nommé Marc Bayle. Bienvenue, Marc.

Marc Bayle — Bonjour Meddy, merci.

Meddy Viardot (Info 83) — Très heureux de vous accueillir une nouvelle fois. C’est notre instant d’historien, consacré à l’histoire locale, l’histoire de Toulon. Avant d’attaquer, si j’ose dire, sans transition, l’occasion de rappeler que le 22 avril à 18 heures, vous serez à la brasserie L’Orangerie, place de la Liberté, au Grand Hôtel de Toulon, avec une entrée libre, gratuite, mais sur réservation. L’occasion pour nos téléspectateurs de venir vous rencontrer autour du thème du Grand Hôtel sous l’Occupation. Ce Grand Hôtel — pour nos téléspectateurs qui ne connaîtraient pas — se situe en plein cœur de Toulon.

Marc Bayle — Oui, place de la Liberté. C’est aujourd’hui, pour les Toulonnais, un lieu de culture, avec le théâtre de la Liberté des frères Berling. Mais pendant l’Occupation, ce fut le siège de la Kommandantur, c’est-à-dire du commandement allemand pour Toulon et pour le Var. Ce Grand Hôtel a une histoire : c’est un monument symbolique de Toulon. Il a été édifié en 1868 et est d’abord devenu une belle résidence hôtelière, un hôtel de luxe. Entre 1940 et 1942, il a été occupé par les Italiens : il a servi de résidence à l’amiral gouverneur de l’Italie dans le Var. En septembre 1943, lorsque les Allemands sont entrés dans Toulon, il est devenu le siège de la Kommandantur — du commandement militaire de Toulon et du Var. Malheureusement, dans un autre quartier de Toulon, à Saint-Jean-du-Var, il y avait, à La Coquette, le siège — triste mémoire — de la Gestapo.

Meddy Viardot (Info 83) — Donc c’est là où, malheureusement, on interrogeait, pour ne pas dire qu’on torturait.

Marc Bayle — Torturait. Et tuait parfois. À la Libération, fin août 1944, le Grand Hôtel est devenu le siège provisoire de la préfecture maritime de Toulon. La préfecture, située à l’époque à la Corderie, avait été détruite par les bombardements. Le Grand Hôtel fut donc le siège de la préfecture maritime jusqu’en 1958.

Meddy Viardot (Info 83) — Pour rappeler à nos téléspectateurs, la préfecture maritime qui est aujourd’hui plutôt du côté de l’entrée de l’Arsenal, vraiment sur le port de Toulon. Et de dire qu’à l’époque, le Grand Hôtel en était effectivement le siège.

Marc Bayle — Voilà. Ensuite, c’est redevenu une résidence hôtelière, jusqu’en 1997. Et en 2011, la ville de Toulon a décidé d’y créer le Théâtre Liberté, le théâtre des frères Berling. Aujourd’hui, l’endroit est partagé entre le théâtre et quelques appartements privés.

Meddy Viardot (Info 83) — Oui, c’est devenu une copropriété privée. Mais il faut rappeler que c’est un patrimoine historique qui date du Second Empire, comme vous l’avez dit, et qui a traversé le temps et les fonctions. Parce que — et c’est un peu le prétexte de notre entrevue — du Grand Hôtel se dégage un peu la vie sous l’Occupation à Toulon. Et comme vous le disiez, il y a eu deux temps : le temps italien, puis le temps allemand, nazi.

Marc Bayle — Je dirais même, Meddy, qu’il y a eu trois temps. De 1940 jusqu’à novembre 1942, Toulon était considéré comme un camp retranché, mais faisait partie de la zone libre.

Meddy Viardot (Info 83) — Oui, absolument.

Marc Bayle — La ville était donc aux mains des autorités françaises — en l’occurrence du préfet maritime, du préfet du Var et du maire de Toulon. Puis vient le sabordage, le 27 novembre 1942.

Meddy Viardot (Info 83) — Tout à fait, dont on a parlé lors d’une précédente entrevue.

Marc Bayle — Les Allemands, pendant quelques semaines, ont investi Toulon, mais ils ont laissé la place aux Italiens en décembre 1942. Près de cinquante mille soldats italiens sont venus occuper Toulon et ses alentours, sous le commandement d’un amiral — c’est lui qui a d’ailleurs choisi le Grand Hôtel comme lieu de sa résidence.

Meddy Viardot (Info 83) — C’est lui qui en a décidé ainsi.

Marc Bayle — Voilà. La nature de l’occupation italienne est considérée par les Toulonnais comme ayant été beaucoup plus sympathique, plus souple que celle des Allemands qui ont suivi. Il y avait une immigration italienne importante à Toulon, et les soldats italiens n’étaient pas très agressifs. Encore faut-il nuancer : il y avait une police fasciste, l’OVRA, qui a quand même arrêté, d’après les historiens, près de cinq cents Toulonnais.

Meddy Viardot (Info 83) — Oui, donc ça reste une occupation.

Marc Bayle — Une occupation, mais qui a été jugée beaucoup plus tolérante que celle des Allemands.

Meddy Viardot (Info 83) — Moins rigide.

Marc Bayle — Et les Allemands, lorsque l’Italie est passée dans le camp des Alliés, en septembre 1943, se sont réinstallés à Toulon. Ils ont choisi le Grand Hôtel comme siège du commandement — la Kommandantur. Là, par contre, ce fut très dur : avec l’aide de la Milice pétainiste, il y a eu des arrestations, des déportations. Et, en même temps, la Résistance entrait en ligne, menait des sabotages. C’était une période très chaude, jusqu’à la libération de Toulon. Il y a eu, aux combats de Toulon, près de dix mille morts : huit mille du côté allemand, deux mille du côté français.

Meddy Viardot (Info 83) — Oui, une véritable tragédie. L’occasion de rappeler, bien sûr, le fameux débarquement de Provence, avec le maréchal de Lattre de Tassigny. On parle très souvent — et je donne mon opinion pour une fois sur Info 83 — du débarquement en Normandie, et peut-être trop peu souvent du débarquement de Provence, qui a pourtant été une réussite.

Marc Bayle — Oui, les deux débarquements ont permis de prendre en tenaille les troupes allemandes.

Meddy Viardot (Info 83) — Exactement. Nous ne serons pas volontairement exhaustifs aujourd’hui : c’est l’occasion, je le redis, le 22 avril à 18 heures, d’aller à votre rencontre pour une véritable conférence autour du Grand Hôtel, place de la Liberté, siège de la Kommandantur, et sur l’occupation de Toulon par les Allemands de 1943 à 1944. L’occasion de partager cette histoire, ce patrimoine toulonnais, au prétexte d’un Grand Hôtel qui — on le rappelle pour les néophytes, ceux qui n’ont pas encore visité Toulon — est toujours là. Une magnifique façade, qui abrite le Théâtre Liberté. On parle souvent d’ailleurs de Châteauvallon-Liberté, avec son homologue à Ollioules. Et je sais que cela vous tenait à cœur, Marc, de rappeler qu’il y a aussi de la littérature autour de Toulon sous l’Occupation — notamment l’ouvrage d’une consœur historienne.

Marc Bayle — Oui, c’est une excellente historienne qui écrit beaucoup sur Toulon. Elle vient tout récemment de publier cet ouvrage : Toulon, la vie quotidienne pendant l’Occupation, 1939-1945. Il montre bien la vie quotidienne des Toulonnais pendant cette période.

Meddy Viardot (Info 83) — Pour ceux qui regardent notre entrevue et qui viendront vous voir le 22 avril, et qui voudraient ensuite aller un peu plus loin, approfondir — ce sera l’occasion, en crescendo, de terminer par cet ouvrage : Toulon, la vie quotidienne 1939-1945. Ces fameux trois temps, ce triptyque, comme vous le disiez : la zone libre, l’occupation fasciste italienne, et enfin l’occupation nazie avec la Kommandantur au Grand Hôtel de Toulon. Je voulais vous remercier infiniment, encore une fois.

Marc Bayle — C’est moi qui vous remercie.

Meddy Viardot (Info 83) — Et encore une fois, c’est volontaire — peut-être qu’il y en a qui resteront sur leur faim, mais c’est justement l’occasion, le 22 avril, d’aller à la rencontre de Marc Bayle, notre historien sur Info 83, pour aller un peu plus loin autour de l’occupation de Toulon pendant la Seconde Guerre mondiale — bon gré, mal gré. Une période qui a bien fini, on le disait à l’instant, avec ce fameux débarquement de Provence et le maréchal de Lattre de Tassigny. Un grand merci, Marc Bayle, d’avoir été avec nous.

Marc Bayle — Merci beaucoup.

Meddy Viardot (Info 83) — Merci à vous, chers téléspectateurs, pour votre fidélité, et à très vite sur Info 83.

Commandez les ouvrages de Marc Bayle et partez à la découverte de la ville singulière de Toulon, en compagnie de Vauban, Schopenhauer, Victor Hugo, Stendhal, Michelet, Loti, Morand, Django Reinhardt, Bernanos, Gilbert Bécaud, et bien d’autres !