À LA RECHERCHE DE CINCINNATUS

Quel été !

CHALEUR

La canicule passée, l’automne aussi débute chaudement.

Les écologistes sont à la manœuvre :

– Clim ou pas clim ?
– Taxe ou détaxe sur l’essence ?
– Baril durablement à plus de 100$, assez ou trop cher ?
– Réfugiés climatiques ou migrants illégaux ?

Réponses inintelligibles.

Corrompue à ses débuts par des activistes de RDA déguisés en « enfants de Marie », une cause essentielle est traitée en faisant fi des diagnostics convergents des sachants.

Depuis les conclusions* du club de Rome de 1972, les réflexions de René Dumont, les observations du sénateur Pierre Laffitte, les films d’Al Gore, les études et les propositions de Jean-Marc Jancovici, le monde sensé sait, mais ne veut rien faire.

Le jeu de l’ignorance, du radicalisme ou du doute ne fait pas que rassurer les esprits faibles : il prospère sur un terrain déjà miné, celui de l’effondrement de la connaissance au sein des pays développés, sanctionné par le classement Pisa.

En cette matière aussi les causes sont connues : États impotents, politiciens pleutres et ignorants, haute fonction publique déclassée, éducateurs au niveau dégradé, habitat et territoires bousculés et ghettoïsés, familles dysfonctionnelles.

Pas de politique sans savoir, pas de démocratie sans compréhension.

 

VOLEURS

De l’autre côté de l’Atlantique, la démocratie s’étiole sous les coups d’une pseudo-élite immorale, pétrie de « bondieuseries ».

Un vieux spéculateur, supposé comprendre l’économie et l’agiotage, promu Secrétaire au Trésor des USA, anticipe la faillite ou le « défaut » de remboursement de l’immense dette américaine. Son président, Trump, qui ne doit pas savoir qui est Charles Quint, ignore donc que ce dernier préféra l’abdication et la mort à la banqueroute. « Double down** » : on achète les électeurs avec un chèque de 5000$, pour un coût potentiel modestement supérieur au trillion de $ — soit seulement moins d’un quarantième de la dette publique totale. On s’en fout ; comme le reste, on remboursera en monnaie de singe.

 

Scrupules, décence et sens de l’État sont bien peu de chose chez les MAGA.

Que personne n’attende le remboursement de la dette américaine au pair.

 

LA PROSPÉRITÉ (MÉRITÉE ?) DU VICE

Grâce aux insuffisances des jocrisses de la Maison-Blanche, la Chine qui souffre à l’intérieur, rayonne à l’extérieur.

Poutine à sa botte. L’OCS calmée. Les BRICS maîtrisés. Washington en échec en Iran. Trump qui, méthodiquement, par l’insulte, le chantage ou l’agression se dépouille de ses vieux et vrais alliés. L’U.E. naïve et instable sur son gros marché perturbé. L’Afrique sous contrôle. L’Amérique du Sud ensemencée.

Cerise sur le gâteau, Europa, ignorante ou amnésique, bousculée elle aussi par la démographie et le progrès numérique, voit certains des siens célébrer leurs génocidaires quand d’autres se dotent de dirigeants aux relents nazis.

Aubaine supplémentaire, la recette de l’Empire du Milieu marche toujours : il vaut mieux laisser son voisin se suicider plutôt que de prendre le risque de l’assassiner.

Pour le moment, aux yeux du locataire de la Cité Interdite, nous sommes tous citoyens de peuples tributaires.

 

ASSASSINS, AMNÉSIES, ARSOUILLES

Ratko Mladić n’était pas un soldat. C’était un vulgaire sicaire, façon Oustachi, de la pire engeance.

Mais ses meurtres et ses exactions inhumaines masquent d’autres déshonneurs dont il faut se souvenir.

Celui porté par l’ONU qui limogea un Général Morillon, plein de bravoure, qui se fit un temps le bouclier de Srebrenica.

Celui porté par les quatre cents soldats hollandais qui, trahissant leur mission, laissèrent se commettre le génocide ordonné par Mladić.

L’État serbe pleure Mladić : nous devons bannir l’État serbe.

 

À côté des démons des Balkans, le cas de l’Allemagne est effarant.

Elle aussi, à nouveau, se déshonore.

Quatre-vingts ans de dénazification n’ont pas suffi, particulièrement à l’Est, pour débarrasser l’humanité du fléau.

Il est vrai que les communistes de Pankow n’ont pas eu de mal à se glisser dans les pantoufles brunes d’un Reich qui fut leur allié.

Pourquoi tant d’Allemands sont-ils prêts à embrasser les thèses nauséabondes de l’AfD ? La réponse est à peu près la même que partout en Occident : une part fragile de la population (au moins un tiers) se sent déclassée par les « Ausländer », et méprisée par de supposées élites urbaines et fédérales.

Mécanisme simple, équivalent à celui qui a porté démocratiquement Hitler au pouvoir voici plus de quatre-vingt-dix ans.

Pour nous, malheur supplémentaire instantané, la dégradation des équilibres institutionnels à l’intérieur de la République fédérale de Berlin s’accompagne, en l’espèce, du développement d’un pacifisme anti-européen et prorusse. Dernière avanie, sur fond de réarmement massif, l’Allemagne affiche à nouveau vis-à-vis de ses voisins et alliés une inquiétante posture altière, peu propice à la chasse aux vieux démons.

Comme pour la Serbie, les réticences allemandes à tirer les leçons de l’Histoire appelleront moult questions sur nos politiques d’alliances et notre pratique démocratique.

La floraison, un peu partout en Europe, de groupes ou de partis ouvertement antidémocratiques, qui se fondent sur la haine d’« élites » « profiteuses » et de « cas sociaux assistés », et qui s’opposent à notre héritage judéo-chrétien laïc et humaniste, confirme les dangers du chemin.

Comme en écho au vieux cauchemar de la fin de la République de Weimar, l’assaut contemporain du Capitole de Washington ou le déclenchement de guerres commerciales insensées préfigurent de lugubres secousses historiques.

L’Allemagne, la Serbie, l’Amérique MAGA et peut-être quelques autres auront, cet été, nettement franchi l’avant-dernière frontière.

L’impréparation de l’humanité à l’explosion future qui sera portée par la société numérique, vecteur d’ignorance, de chômage et de déclassements, offrira une chance supplémentaire au développement de toutes les métastases antidémocratiques.

Tout cela sous une « pression » climatique qui chauffe les corps sans rafraîchir les idées.

Jamais le risque de glisser vers une kakistocratie, mère de la kleptocratie, n’a été si fort.

Observons l’évolution mortifère des Institutions et de la société des États-Unis.

Observons les oublis coupables de Belgrade et de Berlin.

Mesurons la malédiction de la Russie post-URSS.

Analysons la cyber dictature chinoise.

Observons les dérives du nationalisme hindou.

Évaluons et réévaluons la corruption, les guerres, les exactions et les malheurs qui tissent l’Histoire contemporaine africaine.

Expliquons les champs de mauvaises forces et stimulons ceux qui sont à la recherche du bien commun et de sa préservation.

Enfin, protégeons-nous de ceux qui, ostensiblement ou discrètement, mais toujours traîtreusement, favorisent les corruptions russes, iraniennes, « fréristes », chinoises ou MAGA ; de ceux, les mêmes sans doute, qui plaident en tout lieu pour une liberté d’expression synonyme de droit au mensonge ; et de ceux qui promeuvent un pacifisme frelaté tueur d’âmes et de combattants.

À LA RECHERCHE D’UN CINCINNATUS***

Après la très réussie saga cinématographique sur de Gaulle, mise en scène par Antonin Baudry, irrésistiblement, on pense à un autre sauveur désintéressé : Cincinnatus.

Bien que ce besoin de « césarisme » ne soit pas exempt de risques, il porte la lucidité sur la nécessaire recomposition de notre Occident en acceptant qu’elle sera ardue.

Nos vieilles sociétés vivront des fractures inconnues. En matière économique, sans savoir si le chapitre de la deuxième mondialisation a été définitivement refermé, il est clair que les leçons d’Adam Smith sont oubliées. Les pentes démographiques appelleront croissance et misère à due proportion. La progression de l’ignorance ne sera propice ni au développement des valeurs démocratiques ni au sens de l’appartenance à un collectif non tribal. Dans un monde compartimenté, la circulation des forces vives sera de plus en plus malaisée ; et l’état de guerre deviendra ordinaire. Enfin, les incertitudes sur les conséquences du développement de l’Intelligence Artificielle ajouteront aux difficultés.

Comme aux débuts de la République romaine, seul le sens individuel des responsabilités au service de l’intérêt public sauvera la collectivité.

Alors, comme Cincinnatus vainquit les Èques, acceptons de servir, dans l’abnégation, à la fois le glaive et la charrue.

OMNIA RELINQUIT SERVARE REM PUBLICAM****

 

Quel avenir !

 

Pierre Brousse

23 septembre 2026

* Rapport Meadows 1972

** Double down (« redoubler la mise ») : expression désignant le fait d’aggraver un pari risqué plutôt que d’y renoncer.

*** Cincinnatus subjugua les Èques en -458 ; les Èques étaient un peuple du Latium, ennemi des romains.

**** Il abandonna tout pour sauver la République.

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