DERNIERS CLOUS POUR LES ANGLO-SAXONS ?

Le monde anglo-saxon, inventeur de la démocratie moderne et contemporaine, vit-il un effondrement politique ?

LE ROYAUME-UNI

Dix ans après le vote du Brexit, le Royaume-Uni constate que populistes et gentry, dans une recherche de pureté victorienne et d’un hubris anticontinental, ont « enfumé » l’opinion.

Comment a-t-on pu faire croire de tels mensonges ?

Ainsi a-t-on dit que les poissons restaient immobiles toute l’année dans les eaux territoriales britanniques. Que le papier toilette est une sinistre invention continentale faite pour stimuler artificiellement les exportations européennes. Que les nounous polonaises maltraitent les enfants blancs du Royaume. Que le continent détourne lâchement l’affection naturelle du reste du monde pour le Royaume-Uni. Que l’Ulster n’a jamais été une colonie britannique. Que l’Europe imposait des tailles de préservatifs masculins insultants pour les mâles des Cotswolds.

Toutes ces thèses théorisées et distribuées au moment du scrutin par « Cambridge Analytica » et autres « geeks-hackers ». Ceux-là qui appliquèrent à grande échelle un marketing politique simple, greffé sur les boîtes courriel et les téléphonesde millions de particuliers, tous analysés sous toutes les coutures et sensibilisés à des idées rudimentaires à double ou triple sens comme « Take Back Control ».

Immense victoire du populisme, captation de 52 % des votants anesthésiés, rendus incapables de cerner quelques vrais enjeux pourtant parfaitement compréhensibles par eux avant cette infecte et déloyale mise en condition.

Le prix de l’échec, lourd sur tous les plans, s’aggrave tous les jours. L’opinion publique britannique en est aujourd’hui consciente, mais pour combien de temps ?

En effet, on peut dire que durant les vingt ans qui ont précédé le vote, la presse tabloïd a mélangé d’ignoble manière l’odeur des scandales avec le fumet politique le plus délétère. On a flatté tous les bas instincts d’une population à faible niveau d’éducation pour stimuler une colère dirigée contre une conspiration des puissants, contre leurs certitudes, leur travail, leurs familles, leur culture et leur mode de vie.

Depuis le Brexit, le Royaume n’est plus capable de construire des politiques dans la durée. Ses partis institutionnels sont en déshérence, les points forts de son économie sont à tout le moins menacés et sa relation avec le continent européen et le monde anglo-saxon est de plus en plus ténue.

 

USA

Le parallèle avec l’évolution des États-Unis d’Amérique est frappant.

Là-bas, les tabloïds ont été remplacés par les télévisions « Rupert Murdoch ». La structure géographique du pays, ses immenses écarts de richesse et un niveau culturel moyen plus que rudimentaire ont facilité la tâche. Les GAFAM se sont d’abord adressés aux populations en analysant leurs habitudes de consommation, avant de mettre en avant leur capacité à leur fournir des services ordinaires.

La télévision y ajouta le portrait de faux amis profiteurs, comme le Japon et l’Allemagne. On désigna aussi des ennemis suffisamment faibles pour ne pas être dangereux. On encensa les « winners », on voua les « losers » aux gémonies.

Sur un programme résumé en quatre lettres, contre une élite usée jusqu’à la corde, on obtint l’élection triomphale d’une personnalité porteuse de tous les défauts de la terre.

Enfin, pour bien préparer la prochaine étape, un joli verrouillage des médias est désormais mis en place, garantissant à MAGA une nouvelle force de frappe pour affronter les échecs en tout genre qui s’accumulent.

Les deux pays, hier frères malgré des vicissitudes, survivront.

La question est la suivante : que devons-nous en faire ? Les États-Unis d’Amérique, auxquels nul ne fait ni ne fera plus jamais confiance, se verront chaque jour obligés de se tourner vers leur premier adversaire, la Chine. Le centre de gravité de leurs soucis sera bien le Pacifique jusqu’à la fin du siècle.

Le Royaume-Uni est-il capable de se rendre institutionnellement utile à l’Europe ? C’est souhaitable pour nous et, je crois, pour lui. Cependant, l’effort à consentir pour restaurer la confiance dans sa signature requiert une mise en ordre intérieure profonde, coûteuse et douloureuse. C’est probablement l’affaire d’une génération.

Alors, là aussi, il faudra savoir attendre.

 

Pierre Brousse

1er juillet 2026

 

*Kowtow : du chinois « k’o-t’ou », qui signifie littéralement « se prosterner »

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