GÉOPOLITIQUE DU PIRE

1984 SE RAPPROCHE !

L’incapacité des peuples et de leurs gouvernements à penser des règles qui sanctionnent la création de faux sur un Internet dopé par l’IA a été sanctionnée par le Pape dans son encyclique Magnifica humanitas.

Léon XIV : pas beaucoup de divisions, mais du bon sens.

Fausses nouvelles, fausses informations, images et affirmations faussement fabriquées : tout cela fait partie de nos vies. L’utilisation de l’IA, qui appelle de la part de l’utilisateur une compréhension des contenus et des partis pris des algorithmes dédiés à la consultation, repose sur deux clefs : clair énoncé de la requête et vérification de la réponse.

L’impossibilité pour chacun de détenir, par hypothèse, un savoir comparable en volume à celui de la machine est un appel naturel à la paresse et à l’abandon.

 L’IA pourrait devenir un vecteur d’ignorance, marquant un point d’inflexion majeur dans l’évolution du genre humain.

Porte ouverte aux créationnistes, aux « platistes », aux antivax et à tous les malheureux crédules dépourvus d’une connaissance personnelle capable de réaliser des analyses articulées et autonomes.

Il nous faut, à tout prix, éviter un ministère orwellien de la Vérité : prophète universel régissant les cerveaux et les esprits pour les protéger d’une ignorance qui les gagnerait, jour après jour, pour en faire des esclaves.

Voici le vrai combat que la société numérique appelle de la part d’une minorité d’humains non vénaux, mais résolus.

Ils en parleront au Pape !

 

LA PRISE DE CONSCIENCE AMÉRICAINE

La guerre contre l’Iran s’inscrit dans le continuum de l’incurie de l’administration Trump II.

Bizarrement, la voyante corruption de l’entourage présidentiel, les viols répétés de l’esprit et de la lettre de la Constitution, les abus de l’administration fédérale, le chantage et la trahison patente des vieux pays vassaux et alliés ont laissé presque impavides les démocrates et autres opposants à MAGA.

Tandis que le gallon à plus de quatre dollars a déstabilisé le bloc populiste républicain.

L’ICE lève un peu le pied ; des membres du gouvernement, dociles mais maladroits, sont remerciés. J.D. Vance, bien conseillé mais peu convaincant, prêche pour un monde apaisé. Tucker Carlson devient antisémite militant. Ted Cruz et d’autres élus républicains de poids s’interrogent sur la manière américaine de mener ses conflits et sa diplomatie. Des juges fédéraux vont vers des interprétations constitutionnelles si ce n’est plus orthodoxes, du moins plus classiques.

Les seuls absents dans ce concert de sauve-qui-peut sont les poids lourds démocrates, paralysés par leur extrême gauche qui, là comme ailleurs, se porte de facto au secours des populistes d’extrême droite.

Enfin, à l’extérieur, les Américains sont affaiblis comme jamais, à la dérive depuis les raids et les palinodies centrés sur l’empire des mollahs, particulièrement depuis le blocage d’Ormuz. Ils ont non seulement perdu presque tous leurs alliés, mais surtout la confiance du monde entier.

Ce n’est pas l’issue de la guerre, quelle qu’elle soit, qui améliorera les choses.

 

EN LUTTE CONTRE LE NAUFRAGE

NOYÉS OU FUTURS NOYÉS

Le monde continue à tourner, et tous les chefs ne « cheffent » pas de la même façon. Les faibles serviles comme Mark Rutte, Keir Starmer ou même Friedrich Merz, ont du mal à lutter contre le déshonneur.

Comme de petits boutiquiers des affaires publiques qu’ils sont, ils sont promis aux oubliettes de l’Histoire.

D’autres, comme Netanyahou, pour se sauver, s’enfoncent dans une logique stratégique mortifère pour leur État, pour leurs peuples et pour eux-mêmes.

LES BONS NAGEURS

À côté, il y a celles et ceux qui, comme Macron, Tusk et Méloni, font crânement le job. Clairement, ils sacrifient leur popularité à l’action politique : c’est bien.

 LES MARINS ÉLÉGANTS

Avec astuce, endurance, opiniâtreté et une intelligence politique remarquable, le Canadien Carney divorce doucement de son traître de demi-frère du Sud.

Dans un registre plus difficile, la Mexicaine Sheinbaum, pleine de dignité, en lutte contre ses voyous à l’intérieur, se tient à distance de son voisin du Nord. Elle instrumente discrètement, subtilement et efficacement, le poids de ses compatriotes aux USA et le poids des investissements américains sur son territoire. Jeu d’équilibre finement joué.

Last but not least, Stubb, d’une élégance scandinave, tranchante et dure comme une épée viking, séduit avec pragmatisme et classe les BRICS (sans R), ainsi que tous ses collègues, vrais démocrates, sans rien lâcher, en bon Finlandais.

 

UN CRÉPUSCULE RUSSE

Nous savons tous que, depuis Ivan IV, la Russie est structurellement et naturellement impérialiste. Le Rus d’aujourd’hui, celui du Tsar Poutine, miné par la dénatalité et une crise politico-militaire, maltraite une économie fondée sur le commerce et la première transformation des matières premières. À ces fragilités s’ajoutent les fractures d’une société qui protège ses oligarques, les Russes urbains d’Europe et des grandes villes, et considère le reste des habitants de son immensité, ainsi que les minorités non russes orthodoxes, comme des réservoirs de chair à canon.

Sur fond d’inflation, les échecs africains et syriens ainsi que le piétinement de ses armées en Ukraine lui font faire le Kowtow* devant Chinois et Coréens.

L’empire russe est dans une situation de régression qui a la même odeur qu’à Brest-Litovsk en 1918.

Son avenir dépend maintenant de la pérennité de son régime et du bon vouloir sino-américain.

LA VICTOIRE DE LA CHINE

Le mois dernier, l’Américain et le Russe ont fait les génuflexions nécessaires pour satisfaire l’Empire du Milieu. Trump, malgré son grip sur Malacca, et en dépit d’une  distanciation vis-à-vis de Taïwan, n’a rien obtenu. En revanche, Poutine obtint tout, sauf le doublement d’un inutile oléoduc sibérien.

La subtilité d’un traitement protocolaire égal des deux dirigeants les a placés, dans l’esprit des Chinois, dans la position d’États tributaires. Mais de fait, cette égalité rabaisse d’autant plus l’ami russe qui reçoit davantage que l’adversaire américain.

Malgré un passé violent et agressif, un système kleptocratique, un déclin démographique et une économie qui va du meilleur au pire, la Chine sort en tête d’une étape courte, très mal menée par le Russe, affaibli en Ukraine, et par l’Américain, défait presque partout ailleurs.

L’agencement parfait de la Cité interdite, sa beauté et son élégance ont ramené Trump à son état de casinotier failli et Poutine à l’époque de ses hasardeux combats contre les rats de Saint-Pétersbourg.

L’esprit Qing a subjugué King et Tyran.

 

L’OPTIMISME NÉCESSAIRE AUX OCCIDENTAUX

Nos démocraties occidentales ont gagné la guerre de la vie. C’est une victoire à la Pyrrhus qui rend malade.

Nos maladies sont connues.

La première, c’est la vieillesse. Elle écrase et rackette, par son nombre, les générations utiles qui suivent.

La deuxième, c’est le conservatisme nostalgique, qui fait place aux lamentations et au désespoir.

La troisième, ce sont les vaticinations de ceux qui, il y a peu, nous ont jetés dans le mur.

En France, la palme du ridicule – amèrement savoureux – revient ces derniers jours au Gouverneur sortant de la Banque de France, qui confesse qu’il est très mal de faire payer aux générations actives (nos enfants) la charge financière de l’abyssale dette publique, la charge des pensions de retraite et des coûts exponentiels de la santé des vieillards improductifs (nous).

Tous ceux-là qui, durant leur vie active entièrement passée aux responsabilités, n’ont pas eu le courage de dire la vérité et d’en tirer des conclusions d’action doivent se taire et demander pardon. Leurs mémoires, leurs apparitions publiques, leurs leçons de vie, non seulement sont intolérables aux « braves gens », mais constituent également un facteur supplémentaire d’immobilisme qui nourrit tous les remugles du populisme.

Sans projet, sans horizon collectif, nos sociétés se refuseront à poursuivre l’aventure humaine telle qu’Alexandre, Protis ou Magellan l’ont menée, à base d’imagination, de méthode, d’organisation et de courage.

Cessons de pleurnicher, traçons un chemin pour sortir du vide, sans crainte d’une potentielle apocalypse.

Vertu est bon sens, calme et volonté de faire.

 

L’INVENTION DE NOUVEAUX PARADIGMES

Lorsque Bartolomeu Diaz, en 1488, atteignit le cap de Bonne-Espérance, qu’il avait d’abord lui-même nommé cap des Tempêtes – celles qui l’immobilisèrent plusieurs mois -, il allait entraîner une modification profonde de l’organisation du monde européen et de ses sociétés.

Dans les années qui suivirent, l’Europe allait pouvoir importer épices et produits de luxe de l’Orient par voie maritime plutôt que par des caravanes risquées et, un peu plus tard, toujours par voie maritime, le Portugal, avec l’Espagne, pourrait aussi faire venir l’argent et l’or des Amériques.

Insidieusement, ces afflux de richesses ont, sur la durée, affaibli les économies en dévalorisant le travail. Puis, appuyée par une Inquisition dopée par l’opposition à Luther, l’Europe a sombré dans les conflits religieux. Il faudra attendre le XVIIe siècle pour voir éclore, poussivement, une société plus coopérative, source d’un développement fondé sur la connaissance et l’avantage économique concurrentiel.

En ce début d’ère numérique, l’affrontement des maladies des sociétés contemporaines pourra-t-il se faire sans appel à un masochisme « libérateur » ?

C’est une des questions que le pape Léon XIV a probablement voulu traiter dans une encyclique qui, de toute façon, marquera l’Histoire.

 

Pierre Brousse

1er juin 2026

 

*Kowtow : du chinois « k’o-t’ou », qui signifie littéralement « se prosterner »

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