En cette fin d’année notre monde de braises s’enflamme un peu plus du Soudan au Kivu, du Cambodge à la Thaïlande, de Minsk à Kramatorsk. Désorientés et souvent désespérés les peuples se jettent dans les bras de bourreaux travestis sous d’aimables oripeaux.
L’Amérique, la Russie, la Chine, l’Inde et leurs dirigeants mènent un bal lugubre à peine masqué.
En résumé tous dansent contre nous les Européens.
REFLECHIR : LE CHILI
Après l’évocation du risque létal que nous font courir Russie et USA, le Chili nous appelle. Ce pays béni des dieux, magnifiques montagnes, immense océan, tous les climats, les plus beaux paysages, des villes agréables, un peuple apparemment raisonnable.
La semaine dernière, deuxième tour entre deux candidats : l’une membre du parti communiste : Mme Jeanette Jara ; l’autre représentant une coalition d’extrême droite et de droite ouvertement nostalgique des années Pinochet : M. José Antonio Kast.
Les deux candidats se partagent un peu moins de 50% des voix au premier tour et font 42/58 au deuxième.
Kast est élu dans un fauteuil !
Au vingt et unième siècle il se trouve 100% d’un peuple plutôt développé pour accorder ses suffrages aux héritiers des échecs cuisants des idéologies politiques les pires de l’histoire récente !
On pense aux mots d’un communiste célèbre, Bertold Brecht : Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple.
N’étant pas communiste mais viscéralement démocrate, tout commentaire ne serait pas à la hauteur.
Mais souvenons-nous de cette Histoire récente de la fin du siècle dernier. A l’époque, fin 1970, à l’issue d’une élection régulière, le docteur Allende, socialiste, associé aux communistes* et soutenu par quelques chrétiens sociaux, vient au pouvoir avec un programme économique collectiviste marqué. La société civile chilienne, profondément attachée à un long passé démocratique, a perdu confiance dans une « démocratie chrétienne » immobile, incapable de changer de paradigme social. Le Chili d’alors vivait compartimenté entre une bourgeoisie conservatrice de type européen traditionnel, détentrice des leviers économiques ; une classe moyenne économiquement fragile largement composée de petits entrepreneurs ; enfin, dans les zones rurales et reculées, une population pauvre qui survivait très difficilement au jour le jour. En pleine guerre froide, peu consciente de sa vassalité vis-à-vis d’une Amérique blessée par sa défaite du Viet-Nam et de l’enjeu que le pays peut représenter pour l’Union Soviétique, la classe politique chilienne s’épuise dans les délices d’une impuissance d’État qui exaspère une partie importante de la population.
Ces mélanges auront une mèche lente : le poids de l’idéologie marxiste chez les chiliens éduqués. Elle promeut un « déterminisme » historique comme horizon et le collectivisme comme solution économique et sociale. Il suffit d’attendre, une société communiste verra bientôt « mécaniquement » le jour au Chili.
Alors, après un désordre alimenté par la CIA : Pronunciamento à l’automne 1973.
Malgré son extrême brutalité et des succès économiques mitigés, la dictature se maintiendra de facto jusqu’en 1998 lorsque le général Pinochet, chef de la junte, quittera la tête de l’armée.
Aujourd’hui, dans un pays « désarticulé », le président Kast après plusieurs échecs s’impose avec un programme simple : amaigrissement de l’État, restauration de l’ordre, lutte contre l’immigration irrégulière, libéralisation de l’économie. Il est l’élu de la lassitude. Sur le plan international il bénéficie du soutien de l’administration Trump, particulièrement celui du Secrétaire d’État Rubio ; de celui, inhabituel, du pays voisin-concurrent Argentin par la voix de Javier Milei ; et même de Lula qui, depuis le Brésil, lui a apporté ses encouragements.
Plus que par son talent, le succès de Kast est largement imputable à l’incurie de ses prédécesseurs de gauche qui n’ont notamment pas réussi à imposer une nouvelle Constitution en remplacement de celle héritée de la Dictature.
C’est à nouveau un pays d’Amérique du Sud qui après l’Argentine veut « maladroitement » secouer le paradigme d’un État incapable de mener une action raisonnable et efficace économiquement et vraiment démocratique politiquement.
Les excès renouvelés des gauches marxo-populistes, ou des droites messianiques, Castristes, Orteguistes, Péronistes, Bolivariennes, Bolsonaristes, Bukéléistes ou autres, ont la responsabilité des désordres qui engendrent des votes a priori plus porteurs de problèmes que de solutions.
Néanmoins ces retours de manivelle provoqués par des votes massifs et réguliers appellent une réflexion de fond sur les conséquences de l’inefficacité des appareils d’État apoplectiques et paralysés. Tout comme sur la difficulté à expliquer et construire à l’âge numérique des politiques rationnelles et efficaces dans un cadre démocratique classique.
Avec Hayek et Orwell nous savons qu’obésité et ambition excessive des États mènent immanquablement à la servitude des peuples.
On ne peut pas savoir si le populisme d’Argentine ou du Chili, malgré leurs discutables protecteurs, doit s’interpréter comme un mouvement des peuples vers le désespoir, la lassitude ou la raison ?
SE REARMER
Le sacrifice des Ukrainiens insuffisamment soutenus par une Europe, trahie par Trump, ne pourra plus nous protéger longtemps.
Les intentions écrites par Washington qui vise une dislocation de l’UE pour partager avec Moscou des zones d’influence accrues, voire de nouvelles colonies, montrent d’abord que la trahison américaine est, pour Nous, consommée.
Son prix est celui de la corruption du Président des États-Unis et de ses proches.
La Russie, quant à elle, est fidèle à la ligne de conquête tracée il y a plusieurs siècles par la Moscovie. Elle est simple. Dominer toute l’Eurasie et désenclaver son espace maritime, si possible vers les mers chaudes.
L’Europe, ainsi, est bien en guerre contre la Russie.
Elle n’y croit pas encore.
Les amis de Moscou qui vont d’Orban à Babis en passant par Le Pen, Bardella ou Salvini, ont tous déjà perçu les trente deniers de la trahison.
Ils doivent maintenant s’échiner à anesthésier leurs opinions publiques et minimiser la guerre hybride menée par Moscou contre l’Europe depuis une quinzaine d’années.
Eux aussi sont des traîtres. Armons-nous et luttons aussi contre eux ; démasquons-les sans nous lasser.
SE BATTRE
Nous devons également poursuivre plus loin l’introspection. Nous interroger sur les raisons qui poussent la classe politique européenne à avoir fait si tard le constat de l’évidence de la guerre. Pourquoi elle a par le passé réagi et continue de réagir mollement, souvent à contretemps, toujours trop tard ?
Alors que, tout simplement, ce sont la démocratie et nos valeurs qui sont en jeu.
Il faut vite reconstituer nos armées ; motiver nos opinions publiques, les préparer aux sacrifices, cesser d’avoir peur, être prêts à se battre ensemble.
Rien ne vaut la liberté ; elle n’est jamais définitivement gagnée.
Construisons sans attendre une Europe « puissance », sûre d’elle-même, ouverte à l’échange et prête au combat.
L’Histoire parlera bientôt ; elle donnera des leçons au monde en général et à la France en particulier.
PIERRE BROUSSE
21 décembre 2025

