DIVORCES, HAINES ET ESPOIRS

Depuis que le pays affronte des revers croissants dans sa guerre impériale d’Ukraine, la Russie, qui produit autant de pétrole que les Saoudiens, ne peut plus faire rouler ses automobiles. Alors, le peuple russe recommence à songer aux méthodes historiquement ordinaires de remplacement de ses dirigeants : attentats, meurtres, justice tsariste ou stalinienne.

Patience, nous ne sommes pas à l’abri d’une surprise.

L’Amérique, définitivement embourbée au Moyen-Orient dans une guerre perdue depuis le début, sombre dans l’ignorance du déclin de sa grandeur. Cerises sur le gâteau, elle perd irrémédiablement ses alliés et, avec succès, transforme sa vieille démocratie en kleptocratie.

La Chine, ou plus exactement l’élite communiste Han, poursuit un surarmement qu’au fond elle n’a pas envie d’utiliser. Elle s’attache à ses dernières causes impériales inutiles et risquées, à Taiwan et en Mer de Chine méridionale. Cela sans honte, car peu lui font grief du nettoyage ethnique du Tibet, du génocide des Ouïgours ou de la mise au pas de Hong Kong. Vis-à-vis du reste du monde, la stratégie se résume ainsi : avec la Russie, plus quelques autres, la Chine est le chef d’une guerre juste contre un Occident dévoyé et corrompu qui doit payer pour les violences et les humiliations qu’il a naguère imposées.

De l’autre côté du grand continent, il est frappant et navrant de voir que, face à une nouvelle structuration du monde, nos opinions européennes sont inconscientes, indécises ou simplement capitulardes.

Une histoire froide et neutre du XXe siècle, celui des excès dit-on, donne quelques leçons utiles.

Le Royaume-Uni, hyperpuissance d’alors, glorieux d’un siècle et demi de victoires, bien qu’égratigné par la badine américaine à Suez, choisit alors, paradoxalement, « le grand large ». Il accepta ainsi d’être le vassal de son ancienne colonie et pensa même beaucoup plus tard, soit très récemment, se rapprocher encore plus d’elle en quittant un bloc européen qui négligeait son excellence victorieuse et voulait l’absorber dans un ensemble qui devait le broyer, au mépris de ses immenses mérites d’hier.

L’Allemagne, qui, suivant le mot de Jules Michelet, est « un pays et une race », veut oublier un passé infâme et ne sait pas à quel saint se vouer. Elle cherche sa rédemption soit dans les références nauséabondes de l’AfD, soit dans un jeu peu ou prou sino-russe qui n’a jamais fait long feu. Sa structuration actuelle a conduit à un État fédéral sûr de lui, mais aboulique, qui s’accroche désespérément aux exceptionnelles performances d’une société industrielle dépassée. Cette erreur d’analyse conduit à « un cavalier seul » sans but collectif qui encourage un profond et néfaste conservatisme économique. Le tout est couronné par un alignement timide, incommode et ambigu vis-à-vis de la Maison Blanche, tanière qui abrite un cousin insensible au concept fondé à Versailles un certain 18 janvier 1871.

À proximité, les Scandinaves, naguère méfiants et nonchalants, sont aujourd’hui prêts au combat.

Plus au Sud-Est, même si cinquante ans d’occupation soviétique ont laissé les sociétés rongées par ce dérivé du « communisme » qu’est l’égoïsme individuel, la quasi-totalité des pays de l’ancien bloc de l’Est veut conserver une liberté conquise sur le Russe. Pour eux, l’UE est un atout qu’il serait fou d’échanger contre un deux de pique.

Parmi les pays méditerranéens qui, vaille que vaille, se défendent, le nôtre, la France, se montre rétif à la vérité, à l’effort, à l’espoir. De Philippe Auguste à de Gaulle en passant par Charles VII, le vieux pays a su jusque-là se sortir des grandes catastrophes générées par le clientélisme, les trahisons et les religions, ignorés ou plus ou moins utilisés par les élites.

Un vrai renouvellement de celles-ci est indispensable au redressement du pays.

Les anciens, dont je suis, devraient publiquement et honnêtement analyser leurs erreurs et leurs fautes et disparaître en silence. Les modernes devront éclairer, expliquer, convaincre et, enfin et surtout, être capables de décider dans la transparence. Le public devra exiger d’eux qu’à l’avance ils assument personnellement les conséquences de leurs éventuelles erreurs futures.

Aussi, disons avec Balzac :

L’espoir est une mémoire qui désire.

PIERRE BROUSSE

1er août 2026

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