GUERRES & STRATÉGIES, CAFOUILLAGES & RÊVES

EN TERRE

Gouverner c’est décider.

Rares sont celles et ceux qui décident vraiment.

Pour décider il faut une raison, un certain aveuglement, le sens du risque personnel, une relation avec sa propre éthique, savoir réfléchir et consulter, avoir notion et souci des conséquences.

Israël, depuis quarante-sept ans sous le feu et les menaces de l’Iran et de ses agressifs supplétifs – milices chiites irakiennes, Houtis, Hamas, Hezbollah – a réussi à convaincre les USA de l’accompagner dans une deuxième guerre préventive contre l’Iran.

Comme d’autres pays occidentaux dont la France, l’Amérique a enduré sur le même petit demi-siècle les chantages, les meurtres et compté par centaines les victimes du terrorisme iranien.

Ce régime théocratique, non content d’emprisonner et d’assassiner les étrangers, s’est tourné vers son peuple pour l’intimider, l’opprimer et le massacrer au nom d’un Dieu qui se dit juge et tue au profit d’une caste religieuse divinement corrompue.

Le seul mérite du régime est d’avoir démontré combien les religions révélées en général, et l’Islam en particulier, sont instantanément inhumaines et mortifères dès qu’elles pénètrent dans leur vrai champ de prédilection : la politique.

Les raisons de l’engagement d’Israël sont compréhensibles, on peut considérer qu’elles relèvent de la légitime défense.

Si reproche il y a, on le trouvera dans la ponctuelle disproportionnalité des réponses (Liban, Gaza, Syrie).

Les buts de guerre de Tel Aviv sont simples et clairs : en finir avec le régime des mollahs et éliminer toute velléité « nucléaire » de l’Iran et corrélativement aussi dans la région.

En revanche les mobiles et les buts de Washington se font illisibles.

Nul ne sait si après avoir, en 2025, partiellement échoué à annihiler les capacités d’enrichissement nucléaire de Téhéran, à supprimer ses vecteurs longue portée, échoué à susciter un soulèvement populaire, la Maison-Blanche pourrait parrainer un régime Mollah 2 type Venezuela, capable de faire la fortune de CHEVRON, EXXON ou autres Kushner.

Nous savons tous qu’il faudra peut-être attendre un certain temps pour avoir des décisions nettes.

Entre-temps, les métastases se mettent à l’œuvre. Les Américains mobilisent et font « rêver » les minorités qui composent l’Iran. Kurdes, Azéris, Baloutches et autres sont sollicités pour fournir combattants, terroristes ou plus si affinités.

Tous les pays arabes voisins de l’Iran, s’ils sont à portée, sont l’objet de bombardements. Via Chypre, toute l’Union européenne est mise en face de son « article 9 », celui qui, dans les traités, entraîne la solidarité des pays de l’Union. Alors d’Istanbul à Bakou, de Douchanbé à Tachkent, du Caire à Mascate, en passant par Mossoul ou l’Indou Kouch, tout le monde est « mouillé » ou pourrait le devenir. Même les Britanniques qui veulent « détricoter » le « lien transatlantique » sont obligés à de ridicules grands écarts. A Madrid, la Moncloa ne sait pas s’il est juste de sacrifier la crédibilité internationale de l’Espagne pour se garder le soutien de l’extrême-gauche aux Cortes, mais nul ne sait si cela ne serait pas un stimulus pour l’extrême-droite de VOX.

Pour le moment, malgré les « efforts » iraniens, le conflit ne se globalise pas en dépit de ses conséquences indirectes qui affectent la Chine, la Russie, l’Inde, les pays voisins d’Asie centrale, comme les économies extrême-orientales.

Paradoxalement, la communication des USA, imprécise et hésitante, accroît la prudence des Chancelleries et ralentit l’internationalisation du conflit.

Cela donne du temps à ceux qui, comme Mark Carney, veulent « jouer fin » ; le premier ministre canadien, si maltraité par Trump, continue sans faute son bonhomme de chemin : fédérer les puissances démocratiques moyennes, répondre pied à pied aux provocations, parler à tous, ne jamais céder à l’émotion. Ce précoce banquier d’affaires, né au nord du Canada, devenu grand Gouverneur de la Banque centrale du Royaume-Uni, est la révélation d’homme d’État de ce début de siècle.

Pauvre Trump ! Il a, sans comprendre, nourri ce « Winston Churchill » canadien à ses frontières. Et c’est bien lui, Mark Carney, qui fera perdre les « mid-terms » à MAGA. Probablement plus que des palinodies sur l’Iran,  Gaza ou les tarifs douaniers.

 

EN MER

Superbe tir ! Un sous-marin américain coule une petite frégate iranienne en eaux internationales devant le joli port de Galle, à Ceylan ; une centaine de morts.

Une marine de haute mer ne s’improvise pas.

Elle est chère à la construction, très chère en entretien, coûteuse à l’entraînement et hors de prix en munitions.

Malheureux Iraniens sans expérience de guerre navale depuis au moins un demi-siècle, aveuglés par l’enjeu du blocus d’un détroit qui joint deux espaces presque complètement fermés (Golfe Persique & Mer d’Oman) ; vite verrouillés par les airs.

Dans une matière où tout est à apprendre des Ukrainiens, les Iraniens ont, par idéologie, pulvérisé toutes leurs chances de jouer leurs quelques atouts maritimes.

La mer est probablement le dernier clou dans le cercueil du régime iranien. Pour sa mise en valeur et son utilité, en dehors d’hommes, d’argent, de technicité, de créativité et de savoir-faire, elle appelle une compréhension voire une philosophie des peuples qui la bordent. Cela ne sied pas à un régime théocratique qui, culturellement, se méfie de la mer alors qu’elle est une nécessité pour exporter sa seule richesse exportable.

À peine plus au Sud, Oman dont l’âme et la richesse sont nées de la rencontre d’une haute terre, des moussons et de Sindbad. Cet émirat original est la vraie porte de l’océan Indien qui, à partir de Mascate, s’étend vers le Sud jusqu’à l’Antarctique.

 

DANS LE GRAND SUD : LES TAAF

Au moment où les Chagos sont disputées par Mauriciens et Américains ; au moment où Mayotte convalescente reste illégalement envahie par les enfants des Comoriens qui ont légitimement voulu leur indépendance il y a un demi-siècle… Il est singulier que nos possessions des Terres australes et antarctiques françaises, vides de population sédentaire, ne suscitent que très peu d’intérêt dans l’opinion française.

Il faut remédier à cela. Il faut faire vivre utilement ces immenses territoires, dans le respect de la nature et de l’environnement.

Nous avons eu le tort au dix-huitième siècle d’accoler « Désolation » dans leur nom ; il est temps d’en faire des terres heureuses.

Dans l’Atlantique Sud, les Britanniques nous donnent l’exemple. D’Ascension à Sainte-Hélène et de Tristan da Cunha aux Iles Malouines, ils ont su créer et développer des communautés heureuses et prospères qui savent protéger et mettre en valeur leur patrimoine naturel.

Ainsi, sans compter La Réunion, la France dispose d’atouts inestimables dans le sud de l’océan Indien.

Beaucoup de nos compatriotes sont prêts à faire les efforts d’imagination nécessaires pour apporter au pays ces territoires qui ne demandent qu’à être aimés.

PIERRE BROUSSE

20 mars 2026