Interview de Marc Bayle sur Info 83

À travers Toulon dévergondée, la Basse-Ville (Années 1880-1980), Marc Bayle invite le lecteur à se plonger dans un siècle d’histoire toulonnaise, une histoire aussi méconnue que fascinante.

Dans cette interview accordée à INFO83, le préfet honoraire et ancien commissaire de la Marine revient sur la Basse-Ville, cœur portuaire et populaire de Toulon, longtemps associée aux plaisirs maritimes, aux fumeries d’opium, au Quartier Réservé et à une vie nocturne intense.

Loin des clichés réducteurs, il éclaire un quartier qui fut aussi un lieu de bouillonnement culturel, fréquenté par de grands écrivains et artistes, et qui a profondément marqué l’imaginaire et l’identité de la ville. Une plongée documentée entre archives, mythes et mémoire urbaine, au cœur d’un Toulon aujourd’hui disparu.

Commander l'ouvrage

Meddy Viardot (Info 83)
Connaissez-vous vraiment la Basse-Ville de Toulon ? Un lieu mythique, presque un mythe à part entière pour les Toulonnais. Mais connaît-on réellement son histoire, de 1880 à 1980 ? Pour en parler, nous recevons aujourd’hui Marc Bayle. Bonjour et bienvenue.

Marc Bayle
Bonjour, merci de votre invitation.

Meddy Viardot
Vous êtes l’auteur de Toulon dévergondée. La Basse-Ville (années 1880-1980). Un ouvrage qui s’adresse aussi bien aux néophytes qu’aux lecteurs déjà familiers de l’histoire locale, n’est-ce pas ?

Marc Bayle
Oui. Le livre retrace l’histoire de la Basse-Ville depuis la Belle Époque jusqu’aux années 1980. On réduit souvent ce quartier à “Chicago”, mais la Basse-Ville, c’est bien plus large : de la porte d’Italie à la place d’Armes. C’est une histoire dans l’Histoire de Toulon, profondément ancrée dans l’imaginaire local.

Meddy Viardot
Votre approche est justement originale : vous ne vous focalisez pas uniquement sur le grand banditisme.

Marc Bayle
Exactement. J’ai travaillé à partir d’archives et de la presse locale pour mettre en lumière ce que furent les “déviances” de l’époque : la prostitution du quartier réservé, le Chapeau Rouge, l’opium chez les marins… mais aussi un aspect méconnu : l’extraordinaire présence d’intellectuels et d’artistes durant l’entre-deux-guerres.

Meddy Viardot
Vous évoquez même un Toulon comparable à Saint-Germain-des-Prés.

Marc Bayle
Oui, Patrick Lorenzini parlait de “Saint-Germain-sur-Mer”. Toulon était alors un haut lieu du tourisme festif et intellectuel. Des auteurs comme Jean Cocteau, Joseph Kessel, Blaise Cendrars ou Georges Bernanos y ont séjourné, mais ils ne sont presque pas inscrits dans la mémoire toulonnaise.

Meddy Viardot
Jean Cocteau, par exemple, avait un lien très particulier avec la ville.

Marc Bayle
Il venait souvent dans les années 1920-1930, attiré par les équipages et la vie nocturne. Il évoque d’ailleurs ses expériences dans Le Livre blanc publié en 1930. Bernanos aussi a vécu à Toulon ; il écrivait notamment au café de la Rade, fuyant sa vie familiale trop animée.

Meddy Viardot
Vous racontez aussi des anecdotes très fortes, notamment après la guerre.

Marc Bayle
Oui. En 1946, Bernanos revient à Toulon et découvre une ville dévastée par les bombardements. Il parle d’une “ville blessée au cœur”. La Basse-Ville avait été presque entièrement détruite.

Meddy Viardot
Autre aspect fascinant : les fumeries d’opium. Les chiffres sont impressionnants.

Marc Bayle
Selon les rapports de police, il y avait environ 160 fumeries d’opium dans la Basse-Ville, mais aussi à la Mitre et au Mourillon. Rue du Canon, à elle seule, on en comptait jusqu’à 60. Cela concernait surtout les marins et anciens coloniaux d’Indochine, entre 1880 et 1916.

Meddy Viardot
Un véritable fléau à l’époque.

Marc Bayle
Oui. On parlait alors du “péril vénérien”. Environ 700 marins seraient devenus opiomanes. La pression de la médecine, de la presse et de l’opinion publique a conduit à une loi très répressive en 1916 interdisant totalement l’opium.

Meddy Viardot
Un passé souvent ignoré de l’histoire toulonnaise.

Marc Bayle
Tout à fait. On parle beaucoup de Chicago, mais très peu de ces périodes pourtant essentielles pour comprendre l’identité de la Basse-Ville.

Meddy Viardot
Ce livre s’inscrit dans votre attachement à l’histoire locale.

Marc Bayle
Oui. J’ai aussi publié Toulon au fil des textes, une anthologie commentée d’auteurs ayant écrit sur la ville. L’entre-deux-guerres, notamment, a été une période d’une grande effervescence culturelle, comparable aux Années folles à Paris.

Meddy Viardot
Un dernier mot pour nos téléspectateurs ?

Marc Bayle
Toulon dévergondée permet de découvrir un Toulon festif, culturel, parfois excessif, mais toujours vivant. Une histoire qu’il est important de transmettre.

Meddy Viardot
Merci beaucoup Marc Bayle pour cet échange passionnant. Merci à vous de nous avoir suivis et à très bientôt sur Info 83.

Marc Bayle

Préfet honoraire, ancien commissaire de la Marine

Commandez les ouvrages de Marc Bayle et partez à la découverte de la ville singulière de Toulon, en compagnie de Vauban, Schopenhauer, Victor Hugo, Stendhal, Michelet, Loti, Morand, Django Reinhardt, Bernanos, Gilbert Bécaud, et bien d’autres !