VERS UN NOUVEL ORDRE MONDIAL ?

La fébrilité de l’administration américaine à propos de ses pilotes, malheureusement abattus ce début avril au-dessus de l’Iran, renvoie à la fragilité de son opinion publique et, donc, de toute la société américaine vis-à-vis des aventures militaires extérieures.

Au Vietnam, l’Amérique a perdu la guerre non seulement parce que c’était ingagnable sur le terrain, mais surtout parce que la jeunesse américaine et ses parents n’y voyaient nul bénéfice.

Mais l’époque était moins sensible. Les pilotes abattus et grièvement blessés, comme John McCain, pouvaient passer six ans en dure captivité sans que personne ne bouge.

La prudence (inhabituelle) de l’administration Trump durant les 48 heures nécessaires à la récupération des pilotes a été un marqueur supplémentaire de la très grande fragilité américaine. Cette République impériale américaine, qui a élu un « réformé » comme Président, ne peut plus faire, ni probablement envisager, une guerre extérieure qui serait dictée par le maintien de son hégémonie universelle.

Par ailleurs, il est observable qu’en l’espèce le conflit a été imposé par l’allié régional : Israël.

Le gouvernement israélien était clair sur ses propres buts de guerre : réduire le Hamas, réduire le Hezbollah, réduire les Houtis. Par conséquent, le changement de régime à Téhéran était naturellement logique pour Tel-Aviv.

Dans un réflexe presque « pavlovien », l’Amérique s’est engagée à ses côtés, sans analyse, sans buts, sans préavis, dans un conflit aux conséquences désastreuses, faute de claires coïncidences d’objectifs avec une administration soumise, comme la sienne, à de très fortes pressions politiques intérieures comme extérieures.

Le caractère « électoralement inaccessible » d’un déploiement de troupes suffisantes pour subjuguer le régime iranien rendait dès l’emblée impossible toute victoire militaire au sens classique du terme ; au moins pour Washington.

Alors, non seulement Trump a réduit à néant les vertus des accords d’Abraham, mais il a aussi, au passage,  voulu rançonner les signataires. Ceux qui sont sous des bombes qu’ils n’ont ni voulues, ni appelées, ont été priés de payer l’Amérique ou Trump, ce responsable du chaos qu’ils couvraient de cadeaux personnels peu avant !

Enfin, cette défaite qui piétine le droit international et humilie les alliés arabes et occidentaux des États-Unis, est coûteuse pour le reste du monde.

Le renchérissement du prix de l’énergie, un ralentissement économique général, une perte de confiance et de crédibilité dans feu l’hyper-puissance américaine couronnent le tableau d’une nuance catastrophique.

Dans sa thèse de doctorat, Henri Kissinger a bien démonté et résumé les ressorts réactionnaires et conservateurs des Congrès de Vienne et d’Aix-la-Chapelle : « restaurer l’ordre d’avant ».

Il est clair qu’aujourd’hui, à peine deux siècles plus tard, un tel objectif est intenable et serait contre nature.

La construction de tout après-guerre requiert vision et pragmatisme.

La stigmatisation actuelle du « vieil Occident » par la majorité de la communauté internationale complique la tâche. Mais, paradoxalement, les fautes, l’incompétence et l’impuissance de la politique de Washington pourront nous aider, à condition de tenir bon sur nos valeurs.

Pierre Brousse

9 avril 2026

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